Vaccination contre le chikungunya : la recommandation de la HAS et ses enjeux pour la métropole

Situation

Face à la réémergence du chikungunya en Guyane, la Haute Autorité de santé a rendu le 14 avril 2026 un avis précisant la stratégie vaccinale : le vaccin Vimkunya est recommandé chez les personnes de 65 ans et plus et chez les 12-64 ans présentant des comorbidités. Une stratégie pour l'ensemble du territoire national est attendue dans les prochains mois.

Contexte

Saisie par la Direction générale de la santé le 25 février 2026, la HAS a évalué les deux vaccins disposant d'une AMM : Ixchiq (vaccin vivant atténué, Valneva) et Vimkunya (vaccin protéique adjuvanté, Bavarian Nordic). Depuis janvier 2026, le virus circule en Guyane, où Santé publique France recensait 81 cas confirmés au 9 avril, dont 22 hospitalisations. En métropole, le moustique vecteur Aedes albopictus (« moustique tigre ») est désormais implanté dans une large majorité de départements, exposant le territoire à des cas autochtones durant la saison de circulation (mai-novembre).

Ce qui est confirmé

La HAS recommande Vimkunya, en dose unique, chez les 65 ans et plus (avec ou sans comorbidité) et chez les 12-64 ans porteurs de comorbidités (cancer, diabète, maladies cardiovasculaires, auto-immunes, hématologiques, hépatiques ou rénales chroniques). Vimkunya peut être proposé aux 12-64 ans sans comorbidité, en tenant compte d'une durée de protection documentée limitée à six mois et de l'absence de données chez l'immunodéprimé. Le vaccin Ixchiq, en raison de signaux de pharmacovigilance, reste suspendu chez les 65 ans et plus et n'est réservé qu'aux 18-64 ans après examen individuel du rapport bénéfice/risque. En Guyane, la vaccination est gratuite, prise en charge par l'ARS, sur prescription médicale.

Ce qui pose question

L'avis souligne l'absence de données d'efficacité clinique pour les deux vaccins, l'évaluation reposant sur des données d'immunogénicité. La durée de protection limitée de Vimkunya et l'absence de données chez la femme enceinte ou allaitante (vaccin non recommandé sans être contre-indiqué) appellent une décision au cas par cas. Enfin, le périmètre actuel reste circonscrit à la Guyane : l'absence de stratégie métropolitaine publiée laisse les praticiens de ville sans cadre opposable pour les voyageurs et les zones à risque autochtone.

L'impact financier & organisationnel

Hors Guyane, la prescription de Vimkunya relève à ce jour d'une démarche individuelle, sans prise en charge spécifique établie au niveau national. Pour le médecin de ville, l'enjeu est surtout organisationnel : intégrer l'évaluation du risque arboviral (voyage, comorbidités, âge) à la consultation, et se tenir prêt à appliquer la future recommandation nationale.

Le regard du Cercle

Le Cercle relève que cette recommandation, formellement limitée à un territoire ultramarin, préfigure un enjeu métropolitain : l'extension de l'aire du moustique tigre fait de l'arbovirose un risque saisonnier désormais national. Le médecin traitant est en première ligne pour l'information des voyageurs, le repérage clinique précoce et le signalement, dans l'attente d'un cadre vaccinal élargi.

Recommandations

Médecin généraliste : Pour tout patient de 65 ans et plus, ou de 12 à 64 ans avec comorbidité, devant se rendre en Guyane ou dans une zone d'épidémie active de chikungunya, proposer la vaccination par Vimkunya (dose unique) selon l'avis HAS du 14 avril 2026, idéalement plusieurs semaines avant le départ, et tracer l'indication au dossier.

Médecin généraliste : Pendant la saison d'activité du moustique tigre (mai-novembre), évoquer une arbovirose (chikungunya, dengue, zika) devant toute fièvre au retour d'une zone endémique ou en secteur de transmission autochtone, et déclarer sans délai tout cas suspect ou confirmé à l'ARS, le chikungunya étant une maladie à déclaration obligatoire conditionnant la lutte antivectorielle.

Médecin généraliste : Identifier dans le dossier les patients à risque (âge, comorbidités, voyages prévus) afin d'appliquer sans délai la stratégie vaccinale nationale attendue dans les prochains mois, en consultant les mises à jour sur has-sante.fr et le calendrier vaccinal.

Sources

Traçabilité : HAS (avis du 9 avril 2026), Santé publique France, ARS Guyane