Arboviroses en métropole : conduite diagnostique et signalement à l'ARS pour la saison 2026

Situation

Depuis le 1er mai 2026, la France métropolitaine est entrée dans sa période de surveillance renforcée des arboviroses (chikungunya, dengue, Zika, virus du Nil occidental), active jusqu'au 30 novembre. Elle fait suite à une saison 2025 marquée par un niveau de transmission autochtone inédit.

Contexte

Le moustique tigre (Aedes albopictus), vecteur du chikungunya, de la dengue et du Zika, est désormais implanté dans plus de 80 départements métropolitains. Le bilan national publié par Santé publique France le 6 mai 2026 a recensé, pour la saison 2025, 809 cas autochtones de chikungunya, niveau le plus élevé depuis 2006, ainsi que 30 cas autochtones de dengue et 60 infections par le virus du Nil occidental, sur fond de plusieurs milliers de cas importés.

Ce qui est confirmé

Le chikungunya, la dengue et le Zika sont des maladies à déclaration obligatoire ; pendant la période de surveillance, tout cas suspect ou confirmé doit faire l'objet d'un signalement accéléré à l'ARS, qui déclenche l'enquête entomologique et la lutte anti-vectorielle. Depuis le 22 avril 2026, le signalement de ces pathologies (et de la rougeole) est dématérialisé via le portail de signalement des événements sanitaires indésirables (PSIG), avec de nouveaux formulaires Cerfa. Au 14 juin 2026, environ 500 cas importés de dengue et 50 de chikungunya avaient été identifiés depuis le début de l'année, sans qu'aucun cas autochtone n'ait encore été recensé pour la saison 2026. Les vaccins récemment développés contre le chikungunya et la dengue ne sont pas recommandés par les autorités sanitaires en métropole ; la prévention repose sur la protection anti-vectorielle.

Ce qui pose question

La survenue de cas autochtones est le plus souvent liée à une absence de diagnostic, une sous-déclaration ou une déclaration tardive. La fenêtre diagnostique conditionne le choix de l'examen, RT-PCR précoce contre sérologie tardive, souvent mal maîtrisée en ville. L'endémisation possible de la dengue et du chikungunya en Europe est désormais évoquée dans la littérature.

L'impact financier & organisationnel

La biologie repose sur la RT-PCR dans les premiers jours suivant le début des signes, relayée ensuite par la sérologie ; ces examens sont pris en charge sur prescription. La charge organisationnelle tient surtout au signalement (portail PSIG, contact ARS) et à la délivrance des consignes de protection au patient.

Le regard du Cercle

Le généraliste est le maillon d'alerte du dispositif. La rapidité du signalement, et non sa seule exhaustivité, conditionne l'efficacité de la démoustication ciblée, et donc la limitation des foyers. Dans un contexte d'expansion continue du vecteur, cette vigilance diagnostique devient un réflexe saisonnier ordinaire de la médecine de ville, sans qu'il faille y voir un motif d'inquiétude disproportionné.

Recommandations

Médecin généraliste : Devant une fièvre d'apparition brutale supérieure à 38,5 °C associée à au moins un signe algique (arthralgies, myalgies, céphalées, lombalgies ou douleurs rétro-orbitaires) sans autre point d'appel infectieux, y compris en l'absence de voyage, prescrire une RT-PCR arbovirose (recherche simultanée dengue/chikungunya/Zika) si le début des signes date de 7 jours ou moins, sérologie au-delà, sans attendre la confirmation biologique pour signaler.

Médecin généraliste : Signaler sans délai tout cas suspect ou confirmé à la cellule de veille de l'ARS via le portail de signalement des événements sanitaires indésirables (PSIG), dématérialisé depuis le 22 avril 2026, ou à défaut par messagerie sécurisée ; ce signalement déclenche l'enquête entomologique et la démoustication dans un rayon défini autour du lieu de contamination.

Médecin généraliste : Remettre au patient en phase virémique une consigne écrite de protection anti-piqûres pour les 7 jours suivant le début des signes (répulsif cutané, vêtements longs et amples, élimination des gîtes larvaires au domicile), afin de couper la chaîne de transmission locale.

Sources

Traçabilité : Santé publique France, ANSES, ARS