La Drees a publié le 15 septembre 2026 l’étude Études et Résultats n° 1383, signée Christophe Loussouarn. Entre 2017 et 2021, le revenu d’activité des médecins libéraux a progressé de 0,6 % par an en euros constants, et de 1,2 % par an une fois neutralisés les changements de répartition par sexe, âge et secteur de conventionnement. Pour les seuls omnipraticiens, l’écart est plus large : 0,7 % par an observé, 1,8 % à structure inchangée.
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CONTEXTE
L’étude couvre 2017-2021 et la compare à 2005-2017, à partir de l’appariement Insee-DGFiP-CNAM, qui relie l’activité de chaque médecin à ses revenus déclarés. Le champ retient les médecins conventionnés de 70 ans ou moins, installés avant l’année étudiée, hors remplaçants. Le revenu d’activité additionne revenu libéral et revenu salarié éventuel, net fiscal. La page de publication situe l’étude avant les négociations conventionnelles de 2024, les évolutions 2021-2024 étant annoncées pour 2027.
CE QUI EST CONFIRMÉ
En 2021, le revenu d’activité moyen s’établit à 98 300 euros pour les omnipraticiens, contre 153 300 euros pour les autres spécialistes et 124 000 euros pour l’ensemble, en euros courants. Entre 2017 et 2021, leur revenu progresse de 0,7 % par an en euros constants, quand celui des autres spécialistes recule de 0,1 %.
Les changements de profil pèsent plus lourd sur eux. Le tableau 1 chiffre à -1,0 point par an l’effet des changements de structure sur leur revenu moyen entre 2017 et 2021, contre -0,6 point pour l’ensemble et -0,4 point hors omnipraticiens. C’est le seul de ces 3 ensembles où l’effet s’accentue : -0,8 point entre 2005 et 2017.
Les 3 facteurs ne jouent pas dans le même sens. Pour l’ensemble, la féminisation retire 0,5 point de croissance annuelle et la pyramide des âges 0,6 point, tandis que la part de médecins en secteur 2 en ajoute 0,2, avec des effets variables selon les spécialités. Chez les omnipraticiens, le tableau 3 donne -0,7 point pour le sexe, -0,6 point pour l’âge et +0,1 point pour le secteur. L’étude rappelle en note que l’accès au secteur 2 n’est en pratique pas ouvert aux omnipraticiens dont l’internat a commencé après 1989.
L’étude précise que ces effets ne peuvent pas être additionnés, les variables étant liées : les jeunes médecins sont plus souvent des femmes. L’effet global se mesure en prenant les 3 caractéristiques ensemble.
L’écart lié au sexe tient au niveau d’activité, selon l’étude. En 2021, le revenu d’activité moyen des femmes médecins est de 89 500 euros, inférieur de 40 % à celui de leurs confrères. À âge donné, l’écart d’activité atteint 26 % chez les omnipraticiens, contre 36 % ailleurs. La part de femmes parmi eux est passée de 37 % en 2017 à 44 % en 2021 : à part constante, leur revenu moyen aurait progressé de 0,7 point de plus par an.
L’effet lié à l’âge vient du rajeunissement récent : chez les omnipraticiens, la part des 55 ans ou plus recule de 55 % en 2017 à 48 % en 2021. Le niveau d’activité étant plus faible en début comme en fin de carrière, l’arrivée de jeunes praticiens atténue la croissance du revenu moyen.
CE QUI POSE QUESTION
Aucun des 2 documents ne mesure le temps de travail : l’étude indique qu’il ne figure pas dans les données administratives et l’approche par les honoraires. L’écart d’activité entre femmes et hommes est donc établi en volume d’actes, sans information sur les heures travaillées. Les résultats ne sont déclinés ni par territoire, ni par mode d’organisation, et les remplaçants restent hors champ.
L’année 2021 est présentée comme atypique, encore marquée par des indemnités exceptionnelles liées à la crise sanitaire et par des reports de charges, sans que l’effet en soit chiffré. Enfin, chez les omnipraticiens, la part de médecins en secteur 2 recule (7 % en 2017, 5 % en 2021) alors que l’effet du secteur reste positif, à +0,1 point : ce point n’est expliqué dans aucun des 2 documents.
L’IMPACT FINANCIER & ORGANISATIONNEL
L’étude ne porte ni sur les tarifs, ni sur la cotation, ni sur les charges de cabinet : elle mesure un revenu net fiscal déjà constitué, et aucun des 2 documents n’en chiffre l’effet sur un cabinet donné. Elle apporte un point de comparaison daté, 98 300 euros pour un omnipraticien en 2021, libéral et salarié confondus, et une limite de lecture : une moyenne de profession évolue avec la composition de la profession, pas seulement avec la situation de chacun.
LE REGARD DU CERCLE
Cette étude ne dit pas que les médecins gagnent plus ou moins : elle dit qu’une part de ce que l’on lit dans les moyennes tient à qui exerce, et non à ce que chacun facture. Pour les omnipraticiens, cette part est la plus élevée des groupes étudiés et elle s’est accentuée depuis 2017. La conséquence est une précaution de lecture : une moyenne nationale n’est pas un point de comparaison direct pour un cabinet, puisqu’elle intègre des évolutions de structure que le médecin ne subit pas. Les données s’arrêtent enfin à 2021, que la Drees qualifie de millésime relativement atypique, encore marqué par les indemnités exceptionnelles liées aux pertes d’activité de la crise sanitaire : prolonger la tendance au-delà serait hasardeux.
RECOMMANDATIONS
Médecin généraliste libéral : comparez votre revenu d’activité de 2021, libéral et salarié réunis, aux 98 300 euros de moyenne des omnipraticiens plutôt qu’aux 124 000 euros toutes spécialités confondues, et consultez le tableau 3 de l’étude, qui isole l’effet du sexe, de l’âge et du secteur, avant d’interpréter un écart.
Médecin en cours d’installation : ne retenez pas le taux de 0,6 % par an comme hypothèse de progression dans un prévisionnel : il agrège les changements de profil de la profession et s’arrête à 2021.







