Migration vers Hopital Manager : le piège de la dette organisationnelle et l'impératif cybersécurité
Situation
Les Hôpitaux Champagne Sud lancent en mars 2026 le déploiement du DPI Hopital Manager de Softway Medical, avec une migration étalée jusqu'en 2028, dans un contexte où 60% des professionnels de santé européens jugent les menaces cybersécurité « très probables » d'ici cinq ans.
Contexte
Le programme Ségur du numérique en santé impose aux établissements de migrer vers des DPI certifiés et interopérables. Hopital Manager est le premier DPI référencé Ségur V2 par l'Agence du Numérique en Santé (ANS), ce qui atteste sa conformité aux référentiels nationaux (INS, MSSanté, DMP). La migration s'inscrit dans une dynamique de transformation numérique accélérée par les GHT (Groupements Hospitaliers de Territoire).
Ce qui est confirmé
Le déploiement débutera en mars 2026 par le médico-social et l'EPSMA (établissement public de santé mentale de l'Aube) pour s'achever au CHT de Troyes d'ici 2028. Le choix résulte d'une concertation menée en 2025. Selon une étude Relyens présentée début février 2026, 60% des 924 professionnels de santé interrogés en France, Allemagne, Italie et Espagne estiment les menaces liées à la cybersécurité et à la protection des données « très probables » dans les cinq ans.
Ce qui pose question
La migration progressive sur trois ans crée une période de coexistence prolongée entre anciens et nouveaux systèmes, générant des risques de doubles saisies, d'information dispersée et de fragilisation des processus critiques comme le circuit du médicament. La dette organisationnelle s'accumule avec la superposition des outils. Par ailleurs, la certification Ségur V2 ne garantit pas une immunité face aux cyberattaques, d'autant que le rapport de la Cour des comptes (2024) souligne que l'évaluation de l'ampleur de la menace reste incomplète en raison d'un signalement insuffisant des incidents.
L'impact financier & organisationnel
Le modèle de déploiement progressif, bien que perçu comme sécurisant, mobilise fortement les équipes sur plusieurs années et allonge les cycles de formation, avec des coûts souvent supérieurs à une approche « big bang » soutenue par des outils de e-learning intégrés. L'établissement support (CHT) assume la charge financière de la migration, tandis que l'éditeur Softway Medical bénéficie d'un marché étendu sur le territoire. La mutualisation des structures via les GHT pourrait diluer la responsabilité en cas de faille de sécurité.
Le regard du Cercle
La migration vers Hopital Manager représente une avancée technique nécessaire mais expose à un piège organisationnel : étaler le déploiement sur trois ans crée une fenêtre de vulnérabilité opérationnelle et cybersécurité. La date limite de 2028 pour la complétion au CHT est un horizon lointain qui risque de faire perdre de vue l'urgence de sécuriser l'ensemble du système. La certification Ségur est un prérequis, pas une garantie de sécurité absolue.
Recommandations
Pour les équipes soignantes : vérifier systématiquement la complétude des données patient lors de la transition entre ancien et nouveau DPI, et signaler immédiatement toute anomalie de circuit du médicament.
Pour la direction : exiger un audit cybersécurité indépendant avant chaque phase de déploiement et former en continu sur les bonnes pratiques de protection des données.
Pour les médecins : s'assurer que les coûts de formation et d'adaptation ne sont pas répercutés sur les patients via des dépassements d'honoraires.
Sources
- ticsante.com
- Consulter le rapport de la Cour des comptes sur la sécurité informatique des établissements de santé (2024)
Traçabilité : APM/TICsanté, presse spécialisée










