Dix ans d'études de médecine : débat sur la durée et l'intégration de l'IA dans la formation

Situation

Laurent Alexandre et le Dr Philippe Devos jugent intenable la durée de dix ans des études de médecine face aux progrès de l'IA, lors d'une audition à l'Assemblée nationale française le 7 avril 2026.

Contexte

Devenir médecin généraliste en France et en Belgique nécessite dix ans d'études. Laurent Alexandre, chirurgien et essayiste, estime que cette durée est « totalement déconnectée de la technologie » et que l'association médecin + IA donne déjà de moins bons résultats que l'IA seule.

Ce qui est confirmé

L'audition du 7 avril 2026 a eu lieu. Laurent Alexandre a déclaré qu'il est « masochiste de faire des études de médecine aujourd'hui ». Philippe Devos, médecin, partage l'avis sur la nécessité de raccourcir, mais conditionne cela à une réorientation du contenu : enseignement des biais cognitifs, construction d'une base de données de référence, et suppression des tâches non médicales (secrétariat).

Ce qui pose question

Les deux experts doutent qu'une réforme vienne du terrain (« bottom up »). Laurent Alexandre alerte sur le risque que les enfants des classes moyennes et populaires soient les premières victimes de l'inaction. Aucune donnée chiffrée ne vient étayer l'affirmation que « médecin + IA < IA seule ». La faisabilité politique et institutionnelle d'une réduction de la durée des études reste floue.

L'impact financier & organisationnel

Raccourcir les études réduirait le coût de formation pour l'État et les étudiants, mais nécessiterait un investissement massif dans la refonte des programmes et l'intégration de l'IA. Les universités et hôpitaux universitaires, qui bénéficient de la main-d'œuvre étudiante (notamment pour des tâches de secrétariat), pourraient perdre une ressource gratuite. Les gagnants potentiels : les étudiants (moins de dettes, entrée plus rapide sur le marché), les patients (accès plus rapide aux soins), et les industries de l'IA. Les perdants : les institutions académiques actuelles et les médecins formés sur l'ancien modèle.

Le regard du Cercle

Le constat est partagé : la formation médicale doit évoluer. Mais l'absence de données probantes sur la supériorité de l'IA seule et le flou sur le financement de la réforme limitent la portée des déclarations. Le débat est légitime, mais les solutions concrètes restent à définir.

Recommandations

Médecin généraliste libéral installé : Inscrire dans son plan annuel de Développement Professionnel Continu (DPC) au moins une action de formation portant sur les outils d'IA appliqués à la médecine générale (aide à la décision, automatisation documentaire), et conserver l'attestation au dossier, afin de sécuriser sa pratique en cas d'usage clinique futur d'un outil d'IA et de répondre à l'obligation triennale de DPC (art. L.4021-1 CSP).

Médecin généraliste utilisant un outil d'aide à la décision IA en consultation : Tenir un journal d'usage trimestriel (motif, outil, résultat versus décision médicale finale) et confronter ces données aux recommandations HAS sur l'IA en contexte clinique (publication annoncée Q2 2026), afin de documenter la pertinence et d'identifier les biais d'usage. Médecin généraliste maître de stage universitaire (MSU) : Documenter dans le carnet de stage de l'interne les activités cliniques effectivement encadrées et signaler à la coordination universitaire les déports vers des tâches non médicales (secrétariat, démarches administratives), afin de protéger la valeur pédagogique du stage ambulatoire et de contribuer à l'évolution du contenu de la formation pratique.

Sources

Traçabilité : Assemblée nationale (audition commission affaires sociales du 7 avril 2026) ; presse médicale spécialisée (Le Spécialiste)