Consensus de la Société européenne de cardiologie sur les aliments ultratransformés, un facteur de risque cardiovasculaire désormais intégré à l'évaluation clinique

Situation

La Société européenne de cardiologie (ESC) et l'Association européenne de cardiologie préventive ont publié dans l'European Heart Journal une déclaration de consensus clinique qui positionne les aliments ultratransformés (AUT) comme un facteur de risque cardiovasculaire à part entière, à intégrer dans l'évaluation nutritionnelle des patients.

Contexte

Le texte est signé par un groupe d'experts européens de cardiologie réuni à Sophia Antipolis et coordonné par Luigina Guasti (Université d'Insubrie de Varèse). Il synthétise plus de 75 études prospectives publiées sur le lien entre AUT et maladies cardiovasculaires. Le consensus dépasse le cadre traditionnel de la prévention centrée sur le sel, le sucre et les graisses, pour interroger le degré de transformation industrielle des produits consommés. Selon l'Assurance Maladie, environ 80 % des produits disponibles en grande surface entrent dans la catégorie des aliments ultratransformés.

Ce qui est confirmé

Une consommation élevée d'aliments ultratransformés est associée à un risque accru de cardiopathie ischémique, de fibrillation atriale et d'accident vasculaire cérébral. Une augmentation de 10 points de la part des AUT dans le régime alimentaire est associée à une augmentation de 12 % du risque de maladies cardiovasculaires. Les plus gros consommateurs présentent jusqu'à 19 % de risque supplémentaire de maladie cardiaque et jusqu'à 65 % de risque supplémentaire de décès cardiovasculaire par rapport aux plus faibles consommateurs. La consommation élevée d'AUT est aussi associée à un sur-risque d'obésité, de diabète de type 2, d'hypertension artérielle et de maladie rénale chronique. L'ESC recommande aux cliniciens d'interroger systématiquement leurs patients sur la part des aliments ultratransformés dans leur alimentation, en complément des questions classiques sur le sel, les sucres et les graisses.

Ce qui pose question

La déclaration repose sur des études d'observation prospectives, et non sur des essais randomisés contrôlés : la causalité n'est pas formellement établie. Le score NOVA, utilisé pour classer les aliments selon leur degré de transformation, fait l'objet de débats méthodologiques car il regroupe sous une même catégorie des produits aux compositions très différentes (du soda au plat préparé bio). L'effet propre du degré de transformation, indépendamment de la densité énergétique ou de la teneur en sel, en sucres et en graisses, reste partiellement à démontrer. La transposition en pratique clinique du repérage des AUT n'est pas standardisée à ce stade : il n'existe pas d'outil validé en consultation pour quantifier rapidement la consommation d'AUT d'un patient.

L'impact financier & organisationnel

Pour le médecin généraliste, le repérage des AUT n'est pas valorisé par une cotation spécifique : il s'insère dans la consultation classique ou dans le bilan de prévention pris en charge par l'Assurance Maladie. Pour le patient, la substitution progressive des AUT par des aliments bruts ou peu transformés est généralement sans surcoût significatif à panier énergétique équivalent, mais peut nécessiter un temps de préparation domestique plus important. L'enjeu organisationnel principal concerne l'articulation avec les diététiciens et nutritionnistes, dont les consultations restent partiellement prises en charge selon les conventions, et avec les CPTS pour les patients à haut risque cardiovasculaire.

Le regard du Cercle

L'apport principal du consensus ESC est de structurer un sujet jusqu'ici diffus en lui donnant un statut clinique opposable, repérage en consultation et discussion patient. Sans attendre des données d'essais randomisés peu probables sur ce sujet, le bénéfice attendu d'une réduction des AUT chez les patients à risque cardiovasculaire est cohérent avec l'ensemble des recommandations nutritionnelles existantes (PNNS, HAS). Pour le médecin généraliste, la valeur ajoutée immédiate est une grille de lecture supplémentaire en consultation de prévention CV, sans coût ni délai de déploiement.

Recommandations

Médecin généraliste : Intégrer une question explicite sur la part des aliments ultratransformés à l'anamnèse nutritionnelle des consultations de prévention cardiovasculaire et de bilan annuel des patients à haut risque (HTA, dyslipidémie, diabète de type 2, surpoids), et consigner la réponse dans le dossier patient avec un objectif de réévaluation à 6 mois.

Médecin généraliste : Remettre au patient à haut risque cardiovasculaire un document écrit reprenant les repères du Programme national nutrition santé sur mangerbouger.fr, complété par les recommandations ESC sur la limitation des aliments ultratransformés, plutôt qu'un conseil oral susceptible d'être oublié à la sortie de la consultation.

Médecin généraliste : Pour les patients à très haut risque cardiovasculaire ou présentant une obésité associée, formaliser une orientation vers une consultation diététique ou un programme d'éducation thérapeutique, en s'appuyant sur l'annuaire des structures partenaires de la CPTS de rattachement disponible sur sante.fr.

Sources

Traçabilité : European Heart Journal (Guasti L. et al., 2026), Société européenne de cardiologie (communiqué du 07/05/2026), Vidal (actualités mai 2026), Le Figaro Santé, Presse Santé (article du 25/05/2026)