Étude Doctolib/Fondation Jean-Jaurès : délais d'accès aux soins stables en médiane, mais dégradation pour 47 % des départements
Situation
Selon une étude Doctolib/Fondation Jean-Jaurès publiée le 19 mai 2026, les délais médians de rendez-vous médicaux en France sont restés stables entre 2023 et 2025, mais avec des disparités géographiques et par spécialité marquées.
Contexte
L'étude couvre dix professions de santé libérales (soins primaires : généralistes, pédiatres, kinés, sages-femmes, dentistes ; spécialités : cardiologie, dermatologie, gynécologie, ophtalmologie, psychiatrie). Elle s'appuie sur 234 millions de rendez-vous réalisés en 2025 auprès de 80 000 professionnels utilisateurs de Doctolib, ainsi que sur 8 000 témoignages de patients, et compare les données 2023 et 2025 pour évaluer l'évolution de l'accès aux soins.
Ce qui est confirmé
Délai médian généraliste : 3 jours (stable), mais part des RDV >7 jours en hausse (+3 pts, à 35 %). Délais en hausse : pédiatre (+1 j, 8 j), cardiologue (+1 j, 42 j), psychiatre (+1 j, 15 j). Délais en baisse : dermatologue (-3 j, 32 j), gynécologue (-2 j, 19 j), ophtalmologue (-4 j, 21 j). Écarts extrêmes : cardiologue à Paris 16 j vs Gers 164 j. 47 % des départements voient une hausse des délais pour les généralistes, 49 % stables, 4 % en amélioration.
Ce qui pose question
L'étude est co-réalisée par Doctolib, plateforme privée de prise de rendez-vous, ce qui soulève un conflit d'intérêts potentiel : la société bénéficie d'une augmentation du volume de consultations. Les données brutes et la méthodologie complète ne sont pas accessibles publiquement, limitant la vérification indépendante.
L'étude ne couvre que les utilisateurs Doctolib, excluant les cabinets sans outil numérique de prise de rendez-vous.
Les délais médians masquent des situations individuelles très dégradées ; l'augmentation des RDV à plus de 7 jours chez le généraliste suggère une saturation malgré une médiane stable. L'étude ne distingue pas clairement l'impact de la téléconsultation sur la réduction des délais ; les gains en ophtalmologie reposent sur des délégations de tâches dont la pérennité n'est pas garantie.
L'impact financier & organisationnel
Doctolib consolide sa position d'intermédiaire central dans le système de soins, renforçant son modèle économique basé sur l'abonnement des professionnels. Les médecins voient leur patientèle augmenter via la plateforme, mais supportent des coûts d'abonnement. Les délégations de tâches (orthoptistes, infirmières ASALEE) réduisent les coûts mais déplacent la charge sur d'autres professions. Les disparités territoriales persistent sans mécanisme correctif visible, et les incitations financières actuelles (OPTAM, ROSP) n'ont pas modifié significativement l'offre de soins.
Le regard du Cercle
Cette étude apporte une photographie utile mais partielle. L'absence de données ouvertes et le financement privé imposent une prudence d'interprétation. Stabilité nationale ne rime pas avec équité : les indicateurs de dégradation (part des rendez-vous longs, écarts départementaux) confirment un système sous tension. Les améliorations ponctuelles, comme en ophtalmologie, reposent sur des réorganisations locales (délégation aux orthoptistes) dont la pérennité reste à démontrer.
Recommandations
Médecin généraliste : Consulter une fois par trimestre les données régionales de l'ARS de son territoire sur sante.fr (cartographie des délais d'accès) afin de calibrer les orientations vers les spécialistes les plus accessibles, et signaler tout délai d'accès à un cardiologue supérieur à 60 jours via le portail « Signalement d'une difficulté d'accès » de l'ARS.
Médecin généraliste : Lorsqu'un délai d'accès supérieur à 21 jours est constaté pour une spécialité, proposer au patient une téléconsultation sur une plateforme agréée ANS (liste à jour sur esante.gouv.fr) afin de garantir le remboursement intégral, et consigner cette orientation dans le dossier.
Médecin généraliste : Pour les consultations de suivi des pathologies chroniques stables (HTA, dyslipidémies, suivi de grossesse non pathologique), évaluer la pertinence d'un relais par une infirmière ASALEE ou une sage-femme partenaire, et formaliser cette délégation par écrit (protocole de coopération signé) avant toute orientation.
Sources
- Fondation Jean-Jaurès, Étude Accès aux soins 2025
- DREES, Indicateurs de l'offre de soins de premier recours
- Annuaire Santé Ameli, Cartographie des délais d'accès
Traçabilité : Le Monde, Ouest-France, Fondation Jean-Jaurès (étude originale)









