Le 10 septembre 2026, l'ANSM a annoncé l'envoi d'un courrier personnalisé aux femmes qui utilisent une contraception à base de désogestrel, afin de les informer d'un risque très faible de méningiome. Ce courrier vise les femmes majeures dont le désogestrel 75 µg a été remboursé au cours des 12 derniers mois, soit environ 1,6 million de femmes. Leurs prescripteurs ont reçu un courrier professionnel, avec la liste nominative de leurs patientes concernées.
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CONTEXTE
Cette information s'inscrit dans la continuité des actions de l'ANSM menées depuis la publication des résultats de l'étude EPI-PHARE sur les contraceptifs à base de désogestrel. À la demande de l'ANSM, les données ont été analysées au niveau européen. En juillet 2026, l'Agence européenne des médicaments a recommandé l'ajout du risque de méningiome dans la notice et le résumé des caractéristiques du produit. Un courrier aux professionnels de santé, dit DHPC, a suivi en août 2026.
CE QUI EST CONFIRMÉ
L'étude EPI-PHARE publiée en 2025 dans le BMJ montre une augmentation très faible du risque de méningiome chez les femmes utilisant du désogestrel de façon prolongée pendant au moins un an. Le surrisque n'est plus observé un an après l'arrêt du traitement. Selon l'étude EPI-PHARE, reprise par l'ANSM dans son courrier aux prescripteurs, on observe en moyenne 1 méningiome intracrânien opéré supplémentaire pour 67 000 femmes exposées au désogestrel, quelle que soit la durée d'exposition, et 1 pour 17 000 femmes exposées plus de 5 ans. La lettre aux professionnels de santé d'août 2026 retient le chiffre de 67 300.
Selon l'ANSM, le risque augmente chez les femmes de plus de 45 ans ou en cas d'utilisation prolongée. Chez les femmes de plus de 45 ans, le risque apparaît dès la première année d'utilisation. Au-delà de 5 ans, il est multiplié par 1,7, et au-delà de 7 ans par 2. En cas d'exposition antérieure à un progestatif à risque, le risque devient significatif dès la première année d'utilisation du désogestrel seul 75 µg, avec un risque multiplié par 3,3.
Les contraceptifs concernés incluent les pilules à base de désogestrel seul 75 µg (Antigone, Cerazette, Elfasette, Optimizette et génériques Biogaran, Cristers, Sandoz), les pilules combinées désogestrel et éthinylestradiol (Desobel, Mercilon, Varnoline et génériques Biogaran, EG, Viatris), l'implant Nexplanon et les anneaux vaginaux à base d'étonogestrel et d'éthinylestradiol (Etoring, Nuvaring, générique Viatris).
L'ANSM demande aux prescripteurs d'informer les patientes du risque, de réévaluer tous les ans la contraception jusqu'à la ménopause et de ne pas utiliser le désogestrel comme traitement hormonal de la ménopause. Après 45 ans, l'ANSM demande de réévaluer la pertinence de poursuivre le désogestrel, et rappelle d'éviter un relais par une association estroprogestative, en raison du risque de thromboembolie veineuse ou artérielle, qui augmente avec l'âge.
En cas de symptômes évocateurs de méningiome, l'ANSM demande aux médecins de faire réaliser une IRM cérébrale. Les symptômes à rechercher sont des maux de tête persistants, des troubles visuels, une faiblesse musculaire, des troubles de l'équilibre, des troubles du langage, une perte de mémoire, ou une épilepsie nouvelle ou aggravée. Le désogestrel et l'étonogestrel sont contre-indiqués chez les femmes qui ont un méningiome ou un antécédent de méningiome. Si un méningiome est découvert, le contraceptif doit être arrêté et la patiente orientée vers un neurochirurgien.
CE QUI POSE QUESTION
Le courrier ne touche pas toutes les patientes concernées. Il ne vise que les femmes majeures dont le désogestrel 75 µg a été remboursé au cours des 12 derniers mois, soit environ 1,6 million de femmes. Les patientes sous pilule combinée au désogestrel, sous implant ou sous anneau à l'étonogestrel, et les mineures, n'en reçoivent pas. Pourtant, la lettre adressée aux professionnels de santé en août 2026 vise aussi ces contraceptifs : pour ces patientes, l'information repose entièrement sur le prescripteur. Le prescripteur, lui, trouve la liste nominative de ses patientes concernées dans le courrier qu'il a reçu de l'ANSM. Les patientes suivies par un confrère n'y figurent pas.
Le courrier demande à chaque prescripteur d'informer ses patientes et de réévaluer leur contraception tous les ans, jusqu'à la ménopause. Il ne dit pas comment s'organiser quand la patiente consulte aussi un autre professionnel : médecin traitant, gynécologue ou sage-femme.
L'IMPACT FINANCIER & ORGANISATIONNEL
Aucun coût direct, mais un afflux de consultations prévisible. Selon l'ANSM, environ 1,6 million de femmes reçoivent le courrier, et chacune peut vouloir en parler. Leur inquiétude est souvent sans commune mesure avec le risque estimé par l'étude EPI-PHARE : 1 méningiome opéré supplémentaire pour 67 000 femmes exposées. Ces consultations de réassurance ne sont pas valorisées. La liste nominative jointe au courrier des prescripteurs permet en revanche de les préparer plutôt que de les subir.
L'ANSM fournit toutefois un tri simple : pas d'urgence sans symptôme, pas d'IRM systématique, IRM réservée aux signes évocateurs ou à l'instauration du désogestrel après plus d'un an d'exposition à un progestatif à risque. L'appliquer strictement, c'est éviter de prescrire des examens inutiles à des patientes qui n'en ont pas besoin.
LE REGARD DU CERCLE
Le danger de ce courrier n'est pas le méningiome, c'est l'arrêt de la contraception sans relais. Le risque est réel mais minime : selon l'étude EPI-PHARE, 1 méningiome opéré supplémentaire pour 67 000 femmes exposées, et un surrisque qui n'est plus observé un an après l'arrêt. La seule vraie action médicale est ciblée : repérer les femmes déjà exposées à un progestatif à risque, chez qui l'ANSM indique un risque multiplié par 3,3 dès la 1re année, et rediscuter la méthode chez celles de plus de 45 ans ou sous désogestrel depuis plus de 5 ans, sans relais estroprogestatif après 45 ans. Les patientes sous implant, anneau ou pilule combinée, et les mineures, ne reçoivent aucun courrier : pour elles, l'information ne viendra que du médecin. Tout le reste relève de l'explication. Le médecin généraliste est le mieux placé pour la donner, à condition que la réévaluation annuelle reste une vraie discussion sur la méthode, pas une case cochée.
RECOMMANDATIONS
Médecin prescrivant ou renouvelant du désogestrel : recherchez et notez au dossier toute exposition antérieure à un progestatif à risque (cyprotérone, nomégestrol, chlormadinone, médrogestone, médroxyprogestérone, promégestone), et réservez l'IRM aux signes évocateurs ou à l'instauration après plus d'un an d'une telle exposition.
Médecin suivant une femme de plus de 45 ans ou sous désogestrel depuis plus de 5 ans : faites de la réévaluation annuelle une vraie discussion sur la méthode, et n'utilisez pas le désogestrel comme traitement hormonal de la ménopause.
Médecin recevant une patiente qui veut arrêter après le courrier : ne validez pas un arrêt sans relais : proposez une autre méthode dans la même consultation, en évitant après 45 ans une association estroprogestative.



