Dépistage du cancer du sein : la HAS lance une révision des bornes d'âge, mais le calendrier est serré pour les experts candidats

Situation

La Haute Autorité de santé (HAS) lance un groupe de travail pour évaluer l'élargissement des bornes d'âge du dépistage organisé du cancer du sein, avec une date limite de candidature fixée au 31 mars 2026 pour les experts souhaitant participer.

Contexte

Le Programme National de Dépistage Organisé des Cancers du Sein (PNDOCS), en place depuis 2004, cible actuellement les femmes de 50 à 74 ans. La HAS a été saisie par la Direction Générale de la Santé pour réévaluer l'âge optimal d'entrée et étudier l'extension aux femmes de 75 à 79 ans, sans modification du programme actuel. Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme en France, avec une survie nette à 5 ans de 88% tous stades confondus.

Ce qui est confirmé

Le groupe de travail pluridisciplinaire (15 personnes environ) se réunira deux fois entre le 2e et 3e trimestre 2026. Les experts seront indemnisés selon les règles de la HAS. La méthodologie repose sur une revue systématique de la littérature et l'expertise des professionnels. Les déclarations d'intérêts des experts retenus seront publiées avant la première réunion.

Ce qui pose question

L'extension du dépistage aux femmes de 75-79 ans soulève des interrogations sur le rapport bénéfices-risques, notamment concernant le surdiagnostic et les faux positifs chez cette population plus âgée. La balance entre la réduction modeste de la mortalité et les conséquences des résultats faussement positifs reste à évaluer précisément. Par ailleurs, l'absence de réévaluation des bornes d'âge depuis 2004 questionne l'adaptation aux données épidémiologiques récentes.

L'impact financier & organisationnel

L'élargissement potentiel du dépistage impliquerait une augmentation significative du volume de mammographies, avec des conséquences sur l'organisation des centres de radiologie et la formation des professionnels. Le financement de ces examens supplémentaires pour les femmes de 75-79 ans n'est pas précisé dans le document, laissant incertaine la prise en charge par l'Assurance Maladie. Les modèles économiques devront évaluer le coût-efficacité de cette extension.

Le regard du Cercle

Cette réévaluation arrive à point nommé alors que l'incidence du cancer du sein continue d'augmenter. La méthodologie rigoureuse de la HAS, combinant revue systématique et expertise pluridisciplinaire, devrait permettre une décision éclairée. Cependant, le calendrier serré - avec des réunions prévues en 2026 seulement - suggère que toute modification du programme ne serait effective qu'à partir de 2027 au plus tôt.

Recommandations

Pour les médecins généralistes et gynécologues : informer dès maintenant les patientes de 45-49 ans et 75-79 ans que cette évaluation est en cours, sans modifier les pratiques actuelles. Vérifier systématiquement l'absence de symptômes chez les femmes en dehors des bornes d'âge actuelles et proposer une mammographie diagnostique si nécessaire.

Pour les radiologues : anticiper une possible augmentation de l'activité de dépistage et évaluer la capacité d'absorption des centres.

Sources

Traçabilité : HAS