Péremption des médicaments : la Cour des comptes dénonce un gaspillage de 1,7 milliard d'euros et pousse à une réforme des délais en 2026
Situation
La Cour des comptes révèle que le gaspillage des médicaments coûte entre 561 millions et 1,7 milliard d'euros par an à la France, avec des délais de péremption parfois trop courts qui entraînent la destruction de traitements encore efficaces.
Contexte
Le bon usage des produits de santé est un enjeu majeur depuis des années, mais la pression budgétaire accrue (déficit des CHU à 1,2 milliard d'euros en 2023) et les objectifs de réduction des dépenses publiques (coupe de 5 milliards d'euros prévue dans le budget santé 2026) ont remis cette question au premier plan. La LFSS 2026 prévoit des expérimentations pour collecter et redistribuer les médicaments remboursables en établissements de santé.
Ce qui est confirmé
Selon le rapport de la Cour des comptes de septembre 2025, le gaspillage des médicaments représente un coût substantiel pour l'Assurance maladie. L'exemple du daratumumab (anticancéreux) est cité : son délai de péremption pourrait être réévalué à 28 jours au lieu de 36 heures, ce qui éviterait des pertes considérables. Seuls 61% des établissements de santé disposent d'indicateurs sur les médicaments périmés.
Ce qui pose question
L'absence de définition consensuelle du "gaspillage" dans le code de la santé publique complique la mesure précise du phénomène. Les intérêts des laboratoires pharmaceutiques, qui fixent les délais de péremption via les AMM, peuvent entrer en conflit avec les objectifs d'économie publique. La redistribution des médicaments non utilisés pose des problèmes logistiques et de sécurité sanitaire non résolus.
L'impact financier & organisationnel
Les établissements de santé supportent directement le coût des médicaments périmés, ce qui aggrave leurs déficits. La Cour recommande le déploiement d'armoires à pharmacie informatisées pour un suivi précis des stocks, mais cet investissement technologique représente un coût initial important. Les pharmaciens d'officine pourraient voir leur rôle évoluer vers une gestion plus active des stocks et de la redistribution.
Le regard du Cercle
La pression budgétaire transforme la question de la péremption des médicaments d'un problème logistique en enjeu économique majeur. Si les propositions de la Cour des comptes sont techniquement solides, leur mise en œuvre se heurtera aux intérêts des laboratoires et aux contraintes organisationnelles des établissements. L'expérimentation prévue dans la LFSS 2026 constitue un premier pas timide vers une réforme plus ambitieuse.
Recommandations
Vérifier systématiquement les dates de péremption lors de la dispensation et adapter les quantités prescrites pour limiter le stockage inutile. Mettre en place dans les services un système de rotation des stocks basé sur les dates de péremption pour utiliser en priorité les médicaments les plus anciens. Informer les patients sur la conservation appropriée des médicaments à domicile pour éviter une dégradation prématurée.
Sources
Traçabilité : Cour des comptes, France Info, UFC-Que Choisir










