L'édition de cette semaine est dominée par un mouvement de fond : la régulation du numérique en santé entre en phase coercitive. Le partenariat HAS–CNIL, les sanctions de l'ANS contre les éditeurs non conformes et la migration du Health Data Hub vers un cloud souverain forment un triptyque cohérent dont le calendrier 2026 s'impose dès maintenant comme une priorité de gestion. En parallèle, des enjeux plus immédiats, facturation de la consultation longue gériatrique, obligations postcessation d'activité, gouvernance des plateformes de téléconsultation après l'échéance réglementaire passée, requièrent une attention opérationnelle directe. En clôture, une lecture du projet de loi québécois sur l'hospitalisation sous contrainte, dont les résonances avec les débats français méritent d'être suivies.
Au sommaire de la semaine
- Consultation longue à 60 € pour les patients de plus de 80 ans : maîtriser les conditions d'application et le délai post-hospitalisation
- Medalliance : le forfait de coordination à 12,50 € et les questions d'équité posées par son modèle d'accès aux soins non programmés
- Cessation d'activité libérale : obligations de conservation des données de santé et risques de nonconformité
- DMP et conciliation médicamenteuse : la censure constitutionnelle de l'obligation n'efface pas la pression institutionnelle sur les professionnels
- Régulation du numérique en santé 2026 : le triptyque ANS–HAS–CNIL passe en mode coercitif
- Agrément des plateformes de téléconsultation : point de conformité après l'échéance du 31 décembre 2025
- Transformation numérique du secteur médico-social : fracture persistante et vulnérabilité spécifique des usagers des ESMS
- Québec : Projet de loi 23 sur l'hospitalisation sous contrainte : entre prévention des crises et risque de dérive coercitive
Consultation longue à 60 € pour les patients de plus de 80 ans : maîtriser les conditions d'application et le délai post-hospitalisation
Situation
Depuis le 1er janvier 2026, les médecins généralistes disposent d'un acte de consultation longue (GL1) facturé 60 €, intégralement remboursé, pour le suivi de leurs patients de plus de 80 ans dans trois situations cliniques précisément définies.
Contexte
Cette mesure découle de la convention médicale 2024-2029, qui entend mieux valoriser le temps consacré à la prise en charge des patients âgés complexes. Elle répond à un constat établi de longue date : les consultations gériatriques prolongées n'étaient jusqu'alors pas rémunérées à leur juste niveau, ce qui constituait un frein structurel à la qualité du suivi.
Ce qui est confirmé
La GL1 à 60 € est réservée au médecin traitant déclaré pour les patients de plus de 80 ans, dans l'une des trois situations suivantes : suivi dans les 45 jours suivant une sortie d'hospitalisation ; démarche de déprescription médicamenteuse ; orientation dans un parcours médico-social. Chaque situation n'est facturable qu'une fois par an et par patient. La prise en charge est intégrale, sans reste à charge. Par ailleurs, le forfait médecin traitant annuel est revalorisé à 55 € pour cette tranche d'âge (100 € en cas d'ALD).
Ce qui pose question
Le délai impératif de 45 jours suivant la sortie d'hospitalisation constitue le principal point de vigilance : son non-respect entraîne la perte du droit à facturation, sans possibilité de régularisation. La justification documentaire de chaque motif pourra faire l'objet de contrôles de l'Assurance maladie. Enfin, la mesure exclut de facto les patients sans médecin traitant déclaré, population souvent parmi les plus vulnérables.
L'impact financier & organisationnel
La facturation est à l'initiative du praticien, sans démarche préalable du patient. Pour les cabinets, l'enjeu organisationnel est double : programmer les consultations dans les délais, et constituer un dossier documentaire suffisant pour chaque motif. Le double dispositif (GL1 ponctuelle + forfait annuel revalorisé) crée une logique de rémunération à deux niveaux qu'il convient de maîtriser pour éviter les erreurs de codage.
Le regard du Cercle
Cette revalorisation est une avancée réelle pour la prise en charge gériatrique ambulatoire. Son efficacité pratique dépendra de la rigueur des processus de suivi mis en place au cabinet : sans alerte proactive sur les sorties d'hospitalisation, une part significative du droit à facturation sera perdue. La surveillance des contrôles de l'Assurance maladie sur les justificatifs sera à observer dans les prochains mois.
Recommandations
Médecin traitant : Mettre en place, dès à présent, une alerte automatique dans le logiciel médical liée aux comptes rendus d'hospitalisation, afin de déclencher la planification de la GL1 dans un délai n'excédant pas 30 jours après la sortie (marge de sécurité de 15 jours). Secrétariat / cabinet : Tenir un registre annuel par patient des GL1 facturées (motif, date, acte codé) pour faciliter la réponse à un éventuel contrôle de l'Assurance maladie. Médecin traitant : Documenter systématiquement dans le dossier le motif précis de la consultation longue (mention de la sortie, liste des médicaments concernés, ou structure médico-sociale d'orientation), avec horodatage. Médecin traitant : Informer par écrit les aidants principaux de l'existence de ce dispositif, afin qu'ils puissent faciliter la planification des consultations après toute hospitalisation.
Sources
- Convention médicale 2024-2029, Ameli.fr (volet consultations longues)
- HAS, Recommandations pour la prise en charge des personnes âgées
Traçabilité : Ameli.fr, Bulletin officiel des conventions médicales
Medalliance : le forfait de coordination à 12,50 € et les questions d'équité posées par son modèle d'accès aux soins non programmés
Situation
Les conseils départementaux de l'Ordre des médecins de Loire-Atlantique et d'Ille-et-Vilaine ont interpellé publiquement Medalliance sur le forfait de 12,50 € TTC exigé de chaque patient à l'enregistrement dans ses centres de soins non programmés, avant tout acte médical.
Contexte
Medalliance opère des centres de soins immédiats non vitaux à Rennes (depuis trois ans) et Saint-Herblain (depuis novembre 2025), fonctionnant sans rendez-vous de 8 h à 20 h, du lundi au samedi, avec coordination entre médecine de ville, radiologie, biologie et matériel orthopédique. Le forfait est présenté par la société comme rémunérant l'usage de sa plateforme technologique MSC (Medalliance Santé Coordonnée).
Ce qui est confirmé
Le montant de 12,50 € TTC est prélevé à l'enregistrement, hors acte médical, et n'est pas remboursé par l'Assurance maladie. Medalliance affirme que ce forfait est légalement fondé. L'Ordre des médecins conteste cette analyse et y voit un mécanisme d'accès conditionné financièrement aux soins.
Ce qui pose question
La qualification juridique du forfait reste débattue : s'agit-il d'un dépassement d'honoraires déguisé, d'un frais de plateforme licite ou d'une barrière financière à l'accès aux soins ? L'opacité sur la répartition du montant entre coûts opérationnels réels et marge commerciale alimente la controverse. Le risque de normalisation de ce type de frais d'entrée dans d'autres structures similaires mérite d'être suivi.
L'impact financier & organisationnel
Le modèle repose sur un flux de patients payant à l'entrée, ce qui modifie la logique de financement exclusivement assurantiel des soins ambulatoires. Pour les médecins salariés ou collaborateurs de Medalliance, la patientèle est pré-sélectionnée par la capacité à acquitter ce forfait, ce qui réduit l'exposition aux impayés mais pose des questions déontologiques sur la sélection implicite des patients.
Le regard du Cercle
Ce cas illustre la tension entre innovation organisationnelle dans les soins non programmés et garantie d'égal accès aux soins. La coordination pluridisciplinaire sans rendez-vous répond à un besoin réel ; sa monétisation directe en amont de l'acte médical interroge en revanche sur sa compatibilité avec les principes déontologiques et, potentiellement, avec les dispositions du code de la santé publique. L'issue de l'interpellation ordinale sera à suivre.
Recommandations
Médecins collaborant avec Medalliance : S'assurer que le caractère non remboursable du forfait est explicitement porté à la connaissance des patients avant tout engagement, et conserver une trace de cette information délivrée. Médecins collaborant avec Medalliance : Signaler au conseil départemental de l'Ordre tout refus ou renoncement aux soins lié à l'incapacité d'acquitter le forfait, en documentant les circonstances dans le dossier médical. Médecins de ville orientant des patients : Proposer des alternatives sans frais de plateforme (maisons de santé pluridisciplinaires, CPTS, médecine de ville classique) aux patients dont la capacité contributive est limitée.
Sources
- Site institutionnel, Medalliance Santé Coordonnée
- Conseil national de l'Ordre des médecins, Doctrine déontologique
Traçabilité : Ouest-France, presse médicale spécialisée
Cessation d'activité libérale : obligations de conservation des données de santé et risques de nonconformité
Situation
La cessation d'activité libérale d'un médecin généraliste engage des obligations spécifiques en matière de conservation et de transmission des données de santé des patients. Leur non-respect expose à des sanctions disciplinaires et pénales.
Contexte
Dans le cadre du renforcement du partenariat HAS–CNIL sur les bonnes pratiques du numérique en santé, la gestion des données en fin d'exercice fait l'objet d'une attention accrue. Les médecins libéraux sont soumis aux dispositions du RGPD, du code de déontologie médicale et des textes spécifiques à l'hébergement des données de santé (HDS). La méconnaissance de ces règles constitue un facteur de risque majeur pour les praticiens en fin de carrière.
Ce qui est confirmé
Le Conseil national de l'Ordre des médecins rappelle que tout médecin demeure responsable de ses données de patients après la cessation de son activité. Le dossier médical doit être conservé pendant 20 ans à compter de la dernière consultation ; les documents comptables, 30 ans. L'hébergement doit obligatoirement être confié à un prestataire certifié hébergeur de données de santé (HDS). L'utilisation de supports non certifiés (boîte mail personnelle, cloud grand public) constitue une violation des obligations légales, passible d'amendes jusqu'à 6 000 € et de sanctions disciplinaires pouvant aller jusqu'à la radiation.
Ce qui pose question
Les délais de conservation varient selon la nature des documents, et leur articulation n'est pas toujours clairement présentée aux praticiens. L'absence d'accompagnement structuré à destination des médecins en fin de carrière crée une vulnérabilité systémique. La frontière opérationnelle entre conservation légale et violation du RGPD reste floue pour nombre de praticiens exerçant seuls.
L'impact financier & organisationnel
L'archivage post-cessation chez un hébergeur certifié représente un coût récurrent à intégrer dans le plan de cessation. À défaut, les sanctions financières (amendes documentées entre 3 000 et 6 000 €) et disciplinaires peuvent significativement alourdir le bilan de fin d'activité. La transmission des dossiers à un confrère ou à l'Ordre constitue une obligation dont l'inexécution peut être requalifiée en abandon de patients.
Le regard du Cercle
La cessation d'activité médicale n'est pas un simple arrêt de travail : elle constitue un processus juridiquement encadré dont les obligations perdurent bien au-delà de la dernière consultation. L'intensification des contrôles HAS–CNIL rend d'autant plus nécessaire une anticipation rigoureuse. Le principal écueil est organisationnel : l'absence de procédure structurée, dans une pratique libérale souvent solitaire, favorise les erreurs de bonne foi aux conséquences disproportionnées.
Recommandations
Médecin en fin de carrière : Contacter le conseil départemental de l'Ordre au moins 6 mois avant la date prévue de cessation pour obtenir un accompagnement personnalisé sur les obligations de transfert et d'archivage. Médecin en fin de carrière : Dresser un inventaire précis des données à conserver (dossiers patients, comptes rendus, ordonnances, documents comptables) et contractualiser avec un hébergeur certifié HDS avant la fermeture du cabinet. Médecin en fin de carrière : Adresser un courrier individuel à chaque patient actif pour les informer de la cessation d'activité, du délai de récupération de leur dossier médical et de l'identité du confrère repreneur ou de l'Ordre comme point de contact. Médecin en fin de carrière : Ne conserver aucune donnée de santé sur des supports non certifiés (messagerie personnelle, cloud grand public, clé USB non chiffrée) sous peine d'exposition à des poursuites pénales.
Sources
- CNOM, Fiche pratique : Cessation d'activité du médecin
- ANS, Référentiel d'hébergement des données de santé (HDS)
Traçabilité : TICsanté, APM, CNOM
DMP et conciliation médicamenteuse : la censure constitutionnelle de l'obligation n'efface pas la pression institutionnelle sur les professionnels
Situation
Le Conseil constitutionnel a censuré, le 30 décembre 2025, les dispositions de la LFSS 2026 qui entendaient rendre obligatoire l'utilisation du Dossier Médical Partagé (DMP) dans le cadre de la conciliation médicamenteuse. La volonté gouvernementale de généraliser cet outil n'en demeure pas moins affirmée.
Contexte
L'article 31 du PLFSS 2026 prévoyait d'introduire une obligation de consultation du DMP avant certaines prescriptions, assortie de sanctions financières pouvant atteindre 10 000 € par an en cas de non-respect. Le Conseil constitutionnel a invalidé ces dispositions au motif qu'elles constituaient un « cavalier social » sans lien direct avec le financement de la sécurité sociale.
Ce qui est confirmé
La censure du 30 décembre 2025 emporte suppression des obligations de consultation et d'alimentation renforcées du DMP ainsi que des sanctions associées. Aucune base légale contraignante ne subsiste à ce jour. La ministre de la Santé a néanmoins réaffirmé, dans une communication du 31 décembre 2025, sa détermination à poursuivre le déploiement du DMP par d'autres voies.
Ce qui pose question
La censure constitutionnelle suspend l'obligation mais ne clôt pas le débat. Le gouvernement dispose de plusieurs vecteurs législatifs pour réintroduire des exigences similaires, projet de loi autonome, textes réglementaires, ou valorisation conventionnelle de l'alimentation du DMP. L'incertitude sur les obligations réelles des professionnels persiste, dans un contexte où les éditeurs de logiciels intègrent déjà le DMP à leurs solutions et où les campagnes institutionnelles incitent à son usage.
L'impact financier & organisationnel
Sans obligation légale, le temps consacré à la saisie dans le DMP reste non rémunéré spécifiquement. Les éditeurs de logiciels médicaux ont déjà engagé des développements d'intégration dont les coûts pourraient être répercutés sur les abonnements. Les établissements et structures utilisatrices de solutions intégrant le DMP doivent vérifier l'impact des mises à jour sur leurs processus et leur facturation.
Le regard du Cercle
La censure constitutionnelle constitue un coup d'arrêt procédural, non une remise en cause de fond. Il serait imprudent d'y lire un retrait de l'exigence de numérisation du parcours de soins. Le gouvernement cherchera vraisemblablement un véhicule législatif adapté pour réintroduire des obligations analogues. La démarche de conciliation médicamenteuse reste, en elle-même, une pratique clinique recommandée et distincte de la question du support utilisé.
Recommandations
Tous professionnels de santé : Maintenir la pratique de conciliation médicamenteuse selon les recommandations de bonne pratique, indépendamment du support numérique, en documentant systématiquement la démarche dans le dossier patient. Médecins utilisant un logiciel avec intégration DMP : Interroger leur éditeur sur les coûts induits par les développements d'intégration et vérifier que ces coûts ne sont pas répercutés sur les abonnements sans information préalable. Responsables de structures : Anticiper une reprise législative des obligations DMP d'ici 2027, en évaluant dès maintenant les besoins de formation et d'adaptation des processus internes.
Sources
- Le Quotidien du Pharmacien, Sanctions DMP censurées (LFSS 2026)
- TICsanté, Analyse de la décision du Conseil constitutionnel
Traçabilité : Le Quotidien du Pharmacien, TICsanté
Régulation du numérique en santé 2026 : le triptyque ANS–HAS–CNIL passe en mode coercitif
Situation
En l'espace de trois semaines, trois décisions majeures ont redessiné le paysage réglementaire du numérique en santé en France. Le décret ANS du 3 mars 2026 instaure un régime de sanctions financières pour les éditeurs de services numériques non conformes ; le partenariat HAS–CNIL du 10 mars 2026 aligne pour la première fois les exigences de qualité clinique et de protection des données ; et la procédure de migration du Health Data Hub vers un cloud souverain SecNumCloud, engagée en février 2026, fixe au 31 décembre 2026 une échéance de souveraineté des données nationales de santé. Ces trois mouvements forment un ensemble cohérent : l'ère de l'incitation volontaire au numérique en santé est close ; celle de la contrainte normative est ouverte.
Contexte
La transformation numérique du système de santé s'est accélérée depuis 2020, mais elle s'est accompagnée de défaillances structurelles persistantes : fragmentation des systèmes d'information, non-respect des standards d'interopérabilité, exposition aux incidents de cybersécurité, le secteur de la santé demeurant selon l'ANSSI l'un des trois plus touchés, et dépendance à des infrastructures cloud étrangères soumises au Cloud Act américain. L'ensemble de ces dispositions constitue la réponse réglementaire à cette accumulation de vulnérabilités.
Ce qui est confirmé
1, Décret ANS n° 2026-153 du 3 mars 2026 (sanctions éditeurs) Publié au Journal officiel le 4 mars 2026, ce texte donne une assise légale aux sanctions financières prévues par l'article L. 1470-6 du code de la santé publique. L'ANS peut désormais ouvrir des procédures de manquement et prononcer des amendes à l'encontre des éditeurs qui ne respectent pas les référentiels d'interopérabilité, de sécurité et d'éthique. Un portail de signalement est ouvert aux professionnels et utilisateurs.
2, Partenariat HAS–CNIL du 10 mars 2026 (gouvernance intégrée) Ce partenariat prévoit : la promotion conjointe de la protection des données personnelles de santé ; l'adaptation des exigences européennes au contexte français ; et l'intégration des critères de conformité numérique dans les processus de certification des établissements. Une recommandation commune sur le bon usage de l'intelligence artificielle en contexte clinique est annoncée pour le deuxième trimestre 2026.
3, Migration du Health Data Hub vers SecNumCloud (échéance fin 2026) Une procédure d'appel d'offres a été lancée le 9 février 2026 via le marché Nuage Public de l'UGAP. L'attribution du marché, prévue fin mars 2026, est en cours de finalisation à la date de cette publication. La migration complète doit être achevée avant le 31 décembre 2026. Le décret d'application de la loi SREN officialisant le référentiel HDS 2.0 est attendu dans les tout prochains jours.
Ce qui pose question
Chevauchement normatif HAS–CNIL : les professionnels et établissements devront satisfaire simultanément aux exigences cliniques de la HAS et aux obligations réglementaires de la CNIL, dont les référentiels peuvent diverger. L'absence de calendrier consolidé de mise en conformité et le manque de clarté sur les sanctions applicables créent une incertitude opérationnelle préjudiciable, en particulier pour les petites structures médico-sociales.
Risque calendrier Health Data Hub : moins de neuf mois séparent l'attribution du marché de l'échéance de migration. Les risques techniques sont élevés, interopérabilité, continuité des projets de recherche en cours, intégrité des données. Si la transition échoue ou accumule des retards, la plateforme pourrait rester exposée au Cloud Act bien au-delà du 31 décembre 2026. Le coût total de l'opération n'a pas été communiqué.
Risque de consolidation du marché : la charge de mise en conformité imposée aux éditeurs par le décret ANS pourrait accélérer l'élimination des acteurs les moins dotés, réduisant la diversité de l'offre de logiciels médicaux, sans garantie d'amélioration perceptible pour les utilisateurs finaux à court terme.
L'impact financier & organisationnel
Pour les éditeurs, le décret ANS crée un risque financier direct (amendes) et impose des coûts de développement supplémentaires, susceptibles d'être répercutés sur le prix des abonnements. Pour les directions des systèmes d'information des établissements, l'enjeu est triple : conduire des audits de conformité croisés HAS–CNIL, adapter les contrats fournisseurs en y intégrant des clauses de conformité, et vérifier la compatibilité de leurs hébergements avec le référentiel HDS 2.0. Pour les équipes de recherche et les structures utilisatrices du Health Data Hub, il convient d'anticiper des perturbations opérationnelles lors de la bascule au quatrième trimestre 2026.
Le regard du Cercle
L'année 2026 marque un tournant structurant : les trois institutions (ANS, HAS, CNIL) convergent vers une gouvernance intégrée et contraignante du numérique en santé. La cohérence de cette démarche est réelle, et la nécessité de sécuriser les données nationales de santé, incontestable. Son efficacité pratique dépendra cependant de la capacité des institutions à produire des référentiels harmonisés et accessibles, et d'éviter que la superposition normative ne devienne une charge administrative disproportionnée pour les structures de taille modeste. La fenêtre d'anticipation pour les professionnels est ouverte en 2026 ; les effets sur la qualité des systèmes se mesureront à partir de 2027.
Recommandations
Responsables des achats informatiques (établissements et cabinets) : Exiger de chaque fournisseur de logiciel médical une attestation de conformité aux référentiels ANS en vigueur, et intégrer une clause de conformité HAS–CNIL dans les appels d'offres et renouvellements de contrats, avec obligation de preuve documentaire. Directions des systèmes d'information hospitaliers : Inscrire à l'agenda 2026 un audit croisé HAS–CNIL des outils numériques utilisés, en identifiant les zones de convergence et les points de friction, et vérifier la conformité des hébergements au référentiel HDS 2.0 dont le décret est imminent.
Équipes de recherche et structures utilisatrices du Health Data Hub : Anticiper des interruptions de service potentielles au quatrième trimestre 2026 ; sauvegarder localement les données critiques en cours d'analyse et formaliser un plan de continuité des projets. Tous utilisateurs de services numériques en santé : Signaler via le portail de l'ANS tout dysfonctionnement d'interopérabilité ou incident de sécurité, en documentant les circonstances et l'impact sur la pratique clinique.
Sources
- HAS, Communiqué de partenariat HAS–CNIL (10 mars 2026)
- TICsanté, Analyse du partenariat HAS–CNIL
- TICsanté, Analyse du décret n° 2026-153 et des sanctions ANS
- CIO Online, Migration du Health Data Hub vers SecNumCloud
- ANS, Référentiels HDS 2.0, portail de signalement et programme Convergence
Traçabilité : HAS, APM, TICsanté, CIO Online, Journal officiel (décret n° 2026-153), ANS
Agrément des plateformes de téléconsultation : point de conformité après l'échéance du 31 décembre 2025
Situation
L'échéance du 31 décembre 2025 pour la mise en conformité des plateformes de téléconsultation au référentiel de l'Agence du numérique en santé (ANS) est désormais passée. Les structures ayant manqué cette date butoir s'exposent à des conséquences directes sur le remboursement de leurs actes.
Contexte
Depuis la LFSS 2023, les sociétés de téléconsultation doivent obtenir un agrément ministériel pour que leurs actes soient remboursés par l'Assurance maladie. Le décret du 29 février 2024 a précisé les modalités, en imposant notamment l'obtention d'un certificat de conformité au référentiel d'interopérabilité, de sécurité et d'éthique de l'ANS. Un arrêté du 18 octobre 2024 avait introduit des certificats transitoires pour permettre une mise en conformité progressive.
Ce qui est confirmé
Point de vigilance : l'échéance du 31 décembre 2025 est désormais échue. Les plateformes n'ayant pas obtenu leur certificat de conformité ANS ou n'étant pas couvertes par un certificat transitoire valide à cette date ne peuvent plus prétendre au remboursement de leurs actes par l'Assurance maladie. La plateforme Convergence de l'ANS demeure le canal officiel de certification.
Ce qui pose question
La complexité technique du référentiel a pu exclure les structures les moins dotées en ressources informatiques, au profit des acteurs majeurs disposant d'équipes dédiées. Par ailleurs, la limitation réglementaire à 20 % de l'activité des médecins salariés en téléconsultation génère des tensions sur le recrutement dans certaines plateformes. La valeur ajoutée clinique de ces structures par rapport à la téléconsultation de médecine de ville reste à évaluer sur le long terme.
L'impact financier & organisationnel
Pour les plateformes non conformes à la date butoir, la perte du droit au remboursement entraîne une exposition financière immédiate : soit le reste à charge est répercuté sur le patient, soit l'activité n'est plus économiquement viable. Pour les médecins salariés ou collaborateurs de ces structures, la perte d'agrément de leur employeur impacte directement la légitimité réglementaire de leur exercice téléconsultatoire.
Le regard du Cercle
La téléconsultation reste un levier utile d'accès aux soins, en particulier dans les territoires sous-dotés ou pour des publics à mobilité réduite. Elle ne saurait cependant constituer une réponse univoque aux déserts médicaux : ses bénéfices sont conditionnés à une articulation efficace avec le présentiel, à la qualité du relais dans le parcours de soins, et à l'absence de fracture numérique chez les patients concernés. La régulation de ces plateformes est une nécessité ; son application effective, après l'échéance passée, mérite d'être suivie avec attention.
Recommandations
Médecins salariés d'une plateforme de téléconsultation : Demander par écrit à leur employeur la production du certificat de conformité ANS en cours de validité. À défaut, s'interroger sur les conditions de remboursement des actes réalisés depuis le 1er janvier 2026. Médecins de ville orientant des patients vers une plateforme : Vérifier le statut d'agrément de la structure concernée sur le site de l'ANS avant toute orientation, afin d'éviter d'exposer le patient à un reste à charge non anticipé. Responsables de plateformes : Si la mise en conformité n'est pas finalisée, engager immédiatement la procédure via Convergence et informer les médecins collaborateurs de la situation réglementaire.
Sources
- ANS, Référentiel téléconsultation et procédure d'agrément
- ANS, Plateforme Convergence (certification des systèmes d'information)
Traçabilité : APM, Delsol Avocats, esante.gouv.fr
Transformation numérique du secteur médico-social : fracture persistante et vulnérabilité spécifique des usagers des ESMS
Situation
Si la régulation numérique en santé s'est significativement durcie en 2026 (cf. dossier ANS– HAS–CNIL), le secteur social et médico-social présente une problématique distincte : une généralisation du numérique qui reste inégale, dans un contexte où les usagers des ESMS constituent la population la plus exposée à la fracture numérique.
Ce qui est confirmé
Des expériences pilotes du programme ESMS Numérique montrent des résultats positifs sur la coordination entre acteurs dans certaines structures innovantes. Une enveloppe de 30 millions d'euros a été mobilisée pour accompagner les projets numériques du secteur. La dissémination de ces initiatives reste cependant limitée : la fracture numérique touche en priorité les usagers de ces structures, personnes âgées dépendantes, personnes en situation de handicap, populations en grande précarité, souvent peu équipées ou peu à l'aise avec les outils digitaux.
Ce qui pose question
L'interopérabilité insuffisante entre solutions et la divergence des stratégies régionales fragilisent la cohérence nationale. Le risque de concentration des bénéfices au profit des grandes structures est réel : les petits ESMS ne disposent pas de l'ingénierie de projet nécessaire pour mobiliser les financements disponibles. La pérennité économique des solutions innovantes reste à démontrer dans des structures aux budgets structurellement serrés et au fort taux de rotation du personnel.
Le regard du Cercle
La numérisation des ESMS ne saurait se réduire à un enjeu technologique : elle engage la question de l'accès aux droits et de l'autonomie des personnes accompagnées. Sans attention particulière portée aux usagers les plus vulnérables et sans accompagnement renforcé des petites structures, le risque est d'aggraver les inégalités existantes, entre établissements d'abord, entre les personnes accompagnées ensuite.
Recommandations
Professionnels accompagnant des personnes en situation de vulnérabilité : Évaluer systématiquement les compétences et l'équipement numériques de chaque usager avant toute proposition d'outil digital, et documenter dans le projet personnalisé une alternative non numérique accessible. Directions d'ESMS : Prioriser les investissements numériques sur les outils à impact direct et mesurable sur la coordination d'équipe et la continuité du parcours, et formaliser cet arbitrage dans le projet d'établissement, en vérifiant notamment que les coûts ne génèrent pas de reste à charge non anticipé pour les familles. Directions d'ESMS : S'appuyer sur les ressources du programme ESMS Numérique de l'ANS pour identifier les financements accessibles aux petites structures, en sollicitant si nécessaire l'appui des fédérations sectorielles pour le montage de dossier.
Sources
- TICsanté, Transformation numérique du secteur médico-social
- ANS, Programme ESMS Numérique (accompagnement et financements)
Traçabilité : APM, TICsanté
Québec : Projet de loi 23 sur l'hospitalisation sous contrainte : entre prévention des crises et risque de dérive coercitive
Situation
Le gouvernement québécois a déposé le projet de loi 23, qui propose de réformer en profondeur le cadre légal de l'hospitalisation sous contrainte des personnes en crise psychiatrique, en élargissant les critères d'intervention et en simplifiant les procédures judiciaires.
Contexte
La loi P-38 de 1997, cadre légal actuel, impose au Québec un standard parmi les plus exigeants au Canada : le critère de « danger grave et immédiat » pour justifier une hospitalisation forcée. Le meurtre de l'agente Maureen Breau, en 2023, par une personne en état de crise psychotique, a relancé le débat sur l'adéquation de ce cadre à la réalité clinique et sécuritaire.
Ce qui est confirmé
Le projet de loi 23 substitue au critère actuel la notion plus souple de « situation de danger », élargissant la marge d'appréciation des médecins et des forces de l'ordre. Il unifie les recours judiciaires devant un tribunal administratif spécialisé et prévoit un financement de 104,4 millions de dollars sur cinq ans, dont l'objectif de doubler le nombre d'intervenants en situation de crise (de 484 à 1 025). Il introduit également les directives psychiatriques anticipées.
Ce qui pose question
Des groupes de défense des droits et des juristes dénoncent un risque d'atteinte aux droits fondamentaux, consentement, liberté, confidentialité, et s'inquiètent d'un glissement vers des pratiques coercitives généralisées. L'Institut québécois de réforme du droit et de la justice recommandait de renforcer les services de soutien en amont, sans modifier les critères légaux. La réforme fait également l'impasse sur les carences chroniques d'accès aux soins psychologiques et aux ressources communautaires.
L'impact financier & organisationnel
L'investissement public de 104,4 millions sur cinq ans sera principalement consacré à la modernisation législative et au renforcement des effectifs d'intervenants. Les établissements de santé devront absorber les coûts opérationnels des hospitalisations et des mesures de contention supplémentaires. La création d'un tribunal administratif spécialisé nécessitera une vingtaine de juges additionnels.
Le regard du Cercle
Ce projet illustre un arbitrage politique difficile entre impératif sécuritaire et préservation des droits des personnes vulnérables. L'élargissement des critères peut permettre d'intervenir plus tôt dans les trajectoires de crise ; il comporte cependant le risque systémique d'utiliser la contrainte comme substitut aux défaillances du réseau de soins. Sans investissement parallèle significatif dans les soins précoces et volontaires, cette réforme risque d'alimenter un cercle vicieux de crises répétées, particulièrement pour les populations les plus marginalisées. Ce débat présente des résonances directes pour le contexte français : la loi du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques sans consentement fait l'objet d'un réexamen depuis les États généraux de la psychiatrie, et les tensions entre prévention clinique et garanties procédurales y sont strictement analogues.
Recommandations
Cliniciens en psychiatrie et médecine générale : Documenter de manière rigoureuse et horodatée l'évaluation du danger lors de chaque situation susceptible de justifier une mesure de contrainte, en précisant les critères retenus et les alternatives envisagées. Cliniciens : Proposer systématiquement des directives psychiatriques anticipées aux patients stabilisés, afin de sécuriser la relation thérapeutique en cas de crise future.
Équipes soignantes : Vérifier l'existence et la disponibilité des ressources communautaires alternatives avant toute décision d'hospitalisation sous contrainte, et tracer cette démarche dans le dossier.
Sources
- La Presse, Analyse du projet de loi 23 (24 mars 2026)
- Assemblée nationale du Québec, Texte du projet de loi 23
- Ligue des droits et libertés, Position critique sur le PL 23
Traçabilité : La Presse, Le Devoir, Assemblée nationale du Québec





