SITUATION
Le 4 août 2026, la Haute Autorité de santé a publié des recommandations de bonnes pratiques pour la prise en charge de la femme enceinte dont le dépistage systématique du cytomégalovirus (CMV), recommandé depuis juin 2025, révèle une primo-infection.
CONTEXTE
L’infection à CMV est fréquente, souvent asymptomatique, mais un premier contact dans les deux mois précédant la grossesse ou au premier trimestre expose le fœtus à des séquelles auditives ou neurologiques. La HAS avait recommandé en juin 2025 un dépistage systématique chez toute femme enceinte dont le statut sérologique est inconnu ou négatif, dans un cadre expérimental avec réévaluation à trois ans. Saisie par le ministère chargé de la Santé, l’institution a précisé la conduite à tenir pour les professionnels de santé concernés : médecins généralistes, sage-femmes, gynécologues, biologistes et pédiatres.
CE QUI EST CONFIRMÉ
- Une sérologie CMV (IgG, IgM) est à réaliser avant la conception ou le plus tôt possible pendant la grossesse, et avant 14 semaines d’aménorrhée (SA). Si elle est négative, elle doit être renouvelée toutes les 4 semaines jusqu’à 14 SA.
- Une sérologie positive en IgG et négative en IgM indique une infection ancienne ; aucun suivi particulier n’est recommandé.
- En cas de sérologie évocatrice d’une primo-infection récente (dans les deux mois avant la grossesse ou au premier trimestre), une consultation dédiée doit être organisée pour une décision partagée avec la patiente.
- Un traitement antiviral par valaciclovir (hors AMM dans cette indication) doit être proposé le plus tôt possible au premier trimestre ; les données disponibles ne montrent pas de signal de tératogénicité. Ce médicament sera prescrit sur le fondement d’un cadre de prescription compassionnelle en cours de rédaction à l’ANSM, ce qui permettra à tout médecin, généraliste ou spécialiste, en ville ou à l’hôpital, de l’initier.
- Il est recommandé de se mettre en lien avec une équipe experte, notamment un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) ou un réseau de santé périnatal.
- Une amniocentèse est à proposer le plus tôt possible à partir de 18 SA pour rechercher le virus chez le fœtus. En cas de négativité, le traitement antiviral est interrompu.
- La HAS recommande d’informer toutes les femmes ayant un projet de grossesse ou enceintes sur les mesures d’hygiène (lavage des mains, non-partage des couverts, pas de baiser sur la bouche avec un jeune enfant).
- L’autorité propose des modifications de la nomenclature des actes de biologie médicale pour adapter le remboursement aux examens recommandés.
CE QUI POSE QUESTION
Le cadre de prescription compassionnelle du valaciclovir n’est pas encore publié ; sa date d’entrée en vigueur effective reste indéterminée. La possibilité pour les sage-femmes de prescrire ce traitement est évoquée « à terme », sans calendrier. Les décrets ou arrêtés actualisant la nomenclature de biologie n’ont pas été publiés à ce jour, ce qui laisse un flou sur les modalités exactes de remboursement des sérologies répétées en l’absence d’inscription officielle.
IMPACT FINANCIER & ORGANISATIONNEL
Pour le médecin généraliste, ces recommandations impliquent d’intégrer le dépistage itératif du CMV dans le suivi précoce de grossesse ou lors d’une consultation pré-conceptionnelle, en programmant des sérologies mensuelles jusqu’à 14 SA. La découverte d’une primo-infection nécessite une consultation dédiée à l’annonce, une orientation rapide vers un CPDPN et, dès que possible, la rédaction d’une ordonnance de valaciclovir en dehors du cadre hospitalier. La coordination avec les laboratoires de biologie et les centres experts devient un point clé du parcours, sans pour autant générer de cotation spécifique à ce stade.
REGARD DU CERCLE
Ces recommandations offrent un cadre structuré pour une pathologie aux conséquences graves et évitables. La place du généraliste est confirmée en première ligne pour le dépistage et la prescription du traitement antiviral, dès lors que le cadre compassionnel est opérationnel. L’efficacité du dispositif reposera sur la rapidité d’orientation vers les CPDPN et sur l’accès effectif au valaciclovir en ville. L’expérimentation sur trois ans devra conforter l’intérêt de ce dépistage systématique.
RECOMMANDATIONS
Médecin généraliste : Proposez une sérologie CMV (IgG, IgM) avant la conception ou dès le début de grossesse, et renouvelez-la toutes les 4 semaines jusqu’à 14 SA si les IgG sont négatives, conformément à la fiche mémo HAS du 4 août 2026.
Médecin généraliste : En cas de primo-infection confirmée au premier trimestre, adressez sans délai la patiente à un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal et, dès publication du cadre compassionnel par l’ANSM, prescrivez le valaciclovir à la posologie recommandée.
Médecin généraliste : Informez toute femme enceinte ou en projet de grossesse des mesures d’hygiène anti-CMV, en vous appuyant sur les documents d’information patient de la HAS.
DOCUMENTS & LIENS UTILES
TRAÇABILITÉ
Haute Autorité de Santé, Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, ministère chargé de la Santé.




